|
||
![]() Voulez-vous offrir ou acheter un CD-ROM ? |
![]() |
Le personnes intéressées au recueil des oeuvres, aux études ou aux épreuves dimprimerie sont priées de prendre contact avec notre rédaction. Fabio Reinhart Luigi Snozzi Mario Botta Alfred Roth Ernst Gisel Ivano Gianola Inès Lamunière Patrick Devanthéry Aurelio Galfetti Livio Vacchini Tita Carloni Alfredo Pini Eraldo Consolascio Marie Claude Betrix Peter Zumthor Fritz Haller Paul Waltenspuhl Roger Diener Jakob Zweifel Lisbeth Sachs Wilfried Steib Katharina Steib Theo Hotz Flora Ruchat-Roncati Alberto Camenzind |
||||||
|
||||||||
Sont-ce des monstres? Adolescent, Daniel Maillet est initié à la technique de la pointe sèche par son père, le peintre Leo Maillet, né à Francfort sur le Main en 1902 sous le nom de Leopold Mayer. Dès 1933, loeuvre expressionniste de Mayer devient suspecte aux yeux du régime hitlérien. En 1936, interdiction lui est signifiée dexercer le métier de peintre sur le sol national-socialiste. Mayer sétait déjà préparé à sa condition dexil & de survie plus à louest, entre Alsace & Pyrénées, Angleterre & Provence. La guerre le frappe en France. Apatride, il adopte le nom de Maillet. Ce nom contient en français un programme de résistance. Des camps installés par Pétain dans la Zone Libre, il sévade par deux fois. Il parvient à se réfugier à Montreux en 1944. La découverte de lItalie ne deviendra possible quaprès la guerre. Expulsé du canton de Vaud, il sétablira dans le Tessin. Dédommagé par la Bundesrepublik Deutschland pour la destruction & la perte de ses oeuvres, il soffrira finalement une maison-atelier à Verscio, oeuvre économe & néo-brutaliste de Dolf Schnebli. ![]() Pourquoi parler du père quand il sagit de présenter le travail du fils? Sans doute parce que le père, excellent praticien de la peinture & de la gravure, voulait que le fils pût un jour continuer loeuvre, selon ladage du boucher qui dévoile à son fils les secrets dune fabrication contrôlée. De fait, cette transmission ne se limitera pas aux recettes de cuisine. Pour Maillet père, le portrait constitue le genre critique & amoureux de lart moderne: telle est son admiration pour Max Beckmann & George Grosz. Pointe sèche se dit en allemand Kaltnadel, littéralement laiguille froide. Par antonymie, la chaleur désigne leau-forte qui fume comme lEtna lorsque la plaque de cuivre simmerge dans le bain acide. Dans les deux cas, le support est une plaque de cuivre. La technique de la pointe sèche consiste à tailler directement dans la surface au moyen dun outil dacier, opération irréversible. La pointe sèche ne coupe pas le métal mais légratigne, le raye, le blesse ou le laboure. (...) Des aspérités du cuivre appelées barbes, se soulèvent de chaque côté du trait tracé par la pointe. Ce sont les barbes qui créent leffet caractéristique de la pointe sèche: lencre, retenue par les aspérités du cuivre, forme un léger flou le long des lignes gravées, rapporte Nicole Minder dans son texte sur La gravure dans ses grandes lignes (Vevey, Cabinet cantonal des estampes, 1990). Si chaque technique artistique, en fonction de la matière quelle travaille, de loutillage & des tours de main, comporte une orientation expressive & des schèmes implicites, selon lhypothèse de Focillon, la prédestination de la pointe sèche réside dans la conduite rapide de réseaux incisés sans retour possible, geste élémentaire, fruste & périlleux. Que faire de la ligne? Le burin, technique très lente & préméditée, nourrie dune précision de manufacture horlogère, amie de liconographie officielle, timbres, billets de banque, médaillons gravés, se prête à des réseaux parallèles & coordonnés en courbure. La pointe sèche est une technique expéditive. La détermination du geste affronte la difficulté première de la ligne contour. Si lincision se donne par blessure, elle se prête à jouer sur lépaisseur de la ligne, à combiner les coupures plus ou moins profondes, les griffures plus légères & les impuretés accidentelles. ![]() Pourquoi ce travail sur le visage de larchitecte? Daniel Maillet, dont on savait quil parcourait la poétique du realisme, voire de lhyperréalité (peut-être parce que le réalisme se place à lantipode de la tradition expressioniste) avoue quil a été confronté en 1995 à une commande qui portait sur un travail de gravure, occasion pour lui de faire le point, de rappeler linitiation paternelle reçue en son adolescence. Le fils serait-il assez brave, comme lon dit en italien? Réussirait-il à braver les difficultés de la pointe sèche? Comment insérer cette technique dans son oeuvre de portraitiste réaliste? De qui tirer & gratter le portrait? Pourquoi des architectes plutôt que des pharmaciens, des vétérinaires ou des vignerons? Rétrospectivement, il serait possible de prouver lintérêt de Daniel Maillet pour larchitecture moderne en fonction de la qualité singulière de trois maisons entrées dans sa biographie: les deux maisons de sa mère Regina, sises en Valteline, oeuvres de larchitecte bâlois Willy Roettges & la maison-atelier de son père à Verscio, construite par Dolf Schnebli. On peut en déduire quil respecte larchitecture en tant quart majeur. Mais il na guère fréquenté les architectes: il connaît leurs noms par la presse. Il a rencontré Fabio Reinhart qui, au printemps 1997, devient son premier modèle, traduit en un personnage shakespearien. ![]() Comment approcher les autres? La règle du jeu sera simple: téléphoner, proposer lexécution du portrait lors dune première entrevue qui durerait deux heures. Après Reinhart & dans lordre chronologique, il grave la tête de Luigi Snozzi, Mario Botta, Alfred Roth, Ernst Gisel. On imagine assez quà chaque rencontre, le modèle conseille à Daniel: Tu devrais choisir X, Y, Z pour compléter la collection. Mais on comprend aussi que le mode dapproche par téléphone, à la fois cavalier & ingénu, sexpose au refus, à labsence, à laléatoire. En deux ans, il réunit une galerie de 25 portraits. Mais cette réunion en forme de constellation architecturale ne propose ni un palmarès historique ni une polémique fondée sur linclusion & lexclusion. La sélection sopère par ouï-dire, au gré des saisons & de lentremise téléphonique. Le portraitiste ne saurait sautomandater indéfiniment & investir dans une aventure dont il voudrait bien découvrir un jour le sens. Une collection de 25 sujets se prête à lexposition. La tronche de larchitecte est une bille de bois dont lécorce typée varie à la façon dun paysage de mer ou de montagne. La vraie question est celle de lexistence possible du portrait aujourdhui, en dehors de la photographie. ![]() Le mode et la technique de représentation sortent de lordinaire. Imagine-t-on cette plaque de cuivre, carré de quelque 30 centimètres, que le graveur interpose devant la tête scrutée sans pudeur? Les yeux se rencontrent-ils? Est-ce le miroir partagé ou la fuite dans linconnu? Le critère de ressemblance est exclu demblée parce que Daniel Maillet visualise à lendroit un portrait-rencontre qui sera imprimé à lenvers. Le premier résultat sur épreuve ne pourra se retoucher que dans des limites infimes et ce résultat nous renvoie au genre pictural du portrait et à ses difficultés. Comment interpréter le regard? Comment traduire le système pileux? Quel attribut choisir en support de la personnalité? Jusquoù forcer le trait & abîmer le portrait sans tomber dans la caricature? Que faire des images déjà parcourues? Peut-on oublier les belles Sud-Américaines, comme disait Blaise Cendrars, ou lexpressionnisme allemand? Quand choisir le profil, le trois quart ou la face? Faut-il plaire ou déplaire? Trouvera-t-on jamais une seconde Gertrud Stein pour déclarer quelle ressemblera un jour à son portrait? Au total, les portraits de Daniel Maillet forment une série violente & contrastée. Acteur lui-même, il capte et dresse une compagnie de protagonistes qui ressemblent à des monstres, si lon se souvient que ce terme, dans le français du moyen âge, désignait des êtres légendaires de comédie & de tragédie, des animaux, des saints & surtout des démons. Libre à nous de reconnaître la gorgone ou Vulcain, le trophée, tête coupée brandie sur la pique, le joker ou la reine de coeur, le sourire du sphinx ou le regard de Vénus. Jacques Gubler |
| © Copyright 2001-2003, tarmac publishing sa, CH - 6850 Mendrisio, info@tarmac.ch |